Le Cinéma Palestinien au coeur de la 78e édition du Festival de Cannes.
À l’occasion de la 78e édition du Festival de Cannes, le Marché du Film bat son plein au cœur de la Riviera. On y retrouve les habituels pavillons représentant chaque pays, la Grèce, l’Arabie Saoudite, et un peu plus loin, près du port, les Etats-Unis, la Chine, le Maroc, les Emirats Arabes Unis, et la Palestine.
Longtemps le pavillon se trouvait éloigné du village du marché, ce nouveau placement permet ainsi à de grand nombre de festivaliers de venir découvrir le cinéma palestinien. Bien que l’an passé le pavillion algérien organisait de nombreux évènement en l’honneur du cinema palestinien. L’emplacement du Pavillon joue énormément sur la visibilisation de la culture, des artistes et des films palestiniens mais surtout de la crise humanitaire et du génocide à Gaza.
Le pavillon palestinien est un espace très vivant, organisateur d’événement culturel, de projection de film palestinien par des gazaouis comme From Ground Zero +. Après chaque événement a lieu un buffet où la cuisine palestinienne est mise à l’honneur par Rania Talala qui se définit comme “activiste culturelle et culinaire”.
Gaza est au coeur des préocupations de Cannes, particulièrement depuis l’assassinat de la photo-journaliste Fatma Hassona, sujet du film de Sepideh Farsi “Put Your Soul on Your Hand and Walk” et de sa famille par une frappe israélienne au lendemain de l’annonce de la sélection du film au festival de Cannes.
Le Festival de Cannes s’est d’ailleurs exprimé à ce sujet déclarant :
“Le 15 avril, l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion) a annoncé, dans la liste des films retenus par les cinéastes de cette section parallèle du Festival de Cannes. Cette photojournaliste palestinienne de 25 ans s’était donné pour mission de témoigner, par son travail, son engagement et malgré les risques liés à la guerre dans l’enclave palestinienne, de la vie quotidienne des habitants de Gaza en 2025. Fatma Hassona est l’une des trop nombreuses victimes de la violence qui embrase la région depuis des mois. Le Festival de Cannes souhaite exprimer son effroi et sa profonde tristesse face à cette tragédie qui a ému et choqué le monde entier. Si un film est bien peu de chose face à un tel drame, la projection de Put Your Soul on Your Hand and Walk de Sepideh Farsi le 15 mai prochain à Cannes, dans le cadre de l’ACID, sera, en plus du message du film lui-même, une manière d’honorer la mémoire de Fatma Hassona, victime comme tant d’autres de la guerre.”
Festival de Cannes [Communiqué de presse intégral] Hommage à Fatma Hassona sur Instagram
Peu à peu les regards changent et de plus en plus de personnes dénoncent l’impunité israélienne, sans omettre de dénoncer les silences des gouvernements et des divers institutions comme “complice” au génocide.
Comment le cinéma est devenu le moyen de résistance des Palestiniens ?
Le pavillon est donc politiquement engagé. Chaque matin Jabaly Mohamed, réalisateur palestinien originaire de Gaza et basé en Norvège, et les membres du Palestinian Film Institut veillent à être en contact avec les Palestiniens et particulièrement les Gazaouis en appel pour prendre de leurs nouvelles.
Ce 18 mai 2025, à 14h, le Masharawi fund a annoncé lancement de From Ground Zero + par le cinéaste palestinien Rashid Masharawi.
Ce dispositif vise à aider l’existence des histoires de Palestine pour un devoir de mémoire et de visibilisation. Selon Ala’ Abu Ghoush, c’est Abedalsalam Alhajj, un réalisateur et producteur jordanien travaillant avec « Royal film commission« , qui s’est entretenu avec Rashid Masharawi et lui a proposé d’ouvrir et de commencer les inscriptions pour l’école de cinéma en ligne à Gaza. Ils déclarent alors lors de cette conférence la naissance de école de cinéma à Gaza en ligne nommé « Gaza film school ».
Durant l’intervention de Abedalsalam Alhajj, il déclare » Certes, il faut ouvrir l’aide humanitaire, les aider, avec la nourriture, l’eau etc.. Mais il faut aussi raconter leur histoire et les aider à le faire”.
Certains documentaires en ont déjà bénéficié et font partie de Ground Zero + un film composé des divers films et documentaires d’Etimad WASHAH, Abdulrahman SABBAH, Muhammad AL SHARIF, Ahmed HASSOUNA, Rabab KHAMIS, Alaa DAMO, Aws AL BANNA, Mustafa AL NABIH, Nidal DAMO, Reema MAHMOUD.
Ground Zero + est la suite de From Ground Zero, un film à sketches de 112 minutes fait avec des courts métrages de 22 cinéastes, tournés pendant la destruction de Gaza et présélectionnés aux Oscars 2024.
Lors du tournage de Unfinished Stories, Salima Awad a été tuée par des frappes israéliennes alors que le film était encore en production… Dans un message lu par Ala’ Abu Ghoush, Nidal Damo, réalisateur du documentaire Untold Stories, a déclaré auprès des autres réalisateurs de Ground Zero + :
Poster Unfinished Stories de Nidal DAMO avec à l’affiche Salima Awad.
“Au nom de Salima. Nous somme des réalisateurs de Gaza créeant des film depuis le point zéro en pleins milieu d’un génocide (…) Nous voulons que nos films soient vus pendant que nous sommes vivants”.
L’atmosphère dans ce pavillon est un mélange de tristesses et de résiliences. On ressent le paradoxe du monde entier qui continue la vie quotiedienne tout en ayant conscience des faits et des atrocités en cours dans le monde avec les ouighours, les congolais et particulierement les palestiniens qui vivent un génocide depuis plus de deux ans.
En ce 18 mai Rachida Dati est venu en visite du Pavillon pour soutenir la cause Palestinienne sur Instagram le Palestinian Film institute déclare :
« From Ground Zero+ » project presentation by @Rashid Masharawi with a selected array of speakers and supporters, the event ended with a quick visit of the French Minister of culture Rachida Dati as a gesture of solidarity in front of the ongoing atrocities. (…)Thank you for standing on the right side of history ”
Une phrase marquant potentiellement un tournant dans le gouvernement français alors que Macron déclarait récemment de ce que fait Benyamin Netanyahou « est une honte ».
Ainsi le festival de Cannes joue un rôle clef dans la visibilisation des Palestiniens, d’ailleurs Juliette Binoche avait ouvert la cérémonie avec quelques mots pour Gaza “Les artistes ont la possibilité de témoigner pour les autres. (…) Je pense à Fatima Hassouna, jeune photojournaliste palestinienne tuée à Gaza, à ceux qui ne peuvent plus témoigner. (…) Nous sommes ici parce que nous croyons que le cinéma peut ouvrir les yeux, les cœurs, et parfois les consciences. Le cinéma, c’est une main tendue dans la nuit. » (…) Continuons à filmer, à raconter, à déranger. Continuons à aimer. C’est ce que nous pouvons offrir de plus précieux. »
Par la suite de nombreuses personnalités ont signé une tribune dénonçant le silence du monde du cinéma sur le génocide des Palestiniens par Israël, dont Robert De Niro, l’un des signataires, qui a reçu la Palme d’Honneur en ce 78e festival de Cannes.
En continuité, le 19 mai dernier a eu lieu l’avant première de Once upon a time in Gaza de Arab et Tarzan Nasser est en sélection pour Un Certain Regard réalisé qui a amené de nombreux spectateurs et a été ovationné par le public pendant cinq minutes au théâtre Debussy. Ce vendredi 23 mai 2025, le film a été récompensé du prix de la Mise en Scène par le jury Un Certain Regard lors de la cérémonie de clôture de la catégorie.
Ce que l’on retient avant tout de cette 78e édition du Festival de Cannes, c’est l’élan d’humanité qui s’en est dégagé, ainsi que les nombreux appels à agir pour mettre fin aux atrocités qui se poursuivent à travers le monde, à commencer par celles qui frappent la Palestine.